Loin d'artistes racoleurs ou préférant nous noyer sous une tonne d'artifices digitaux pour mieux cacher leur total manque de talent, Ikimono-gakari est de ces groupes qui, bien qu'évoluant dans un registre ultra-codifié et usé jusqu'à la moelle, arrivent à transcender leur sujet pour passer outre et réussissent à se démarquer par des titres, certes pas imaginatif pour un sou, mais sincères et interprétés avec passion. Depuis leur premier album indie jusqu'à ce second album major, le groupe est resté fidèle à ses valeurs, préférant composer des morceaux qu'ils aiment plutôt que céder aux impératifs commerciaux et la recherche du succès à tout prix, bien qu'ils ne soient pas mécontents que celui-ci pointe le bout de son nez. Après nous avoir gratifiés en 2007 du sublimissime Sakura Saku Machi Monogatari (leur premier album major), le trio de Kanagawa revient en ce début 2008 avec un nouvel album sobrement intitulé Life Album.

Sakura Saku Machi Monogatari avait, à sa sortie, réussi le tour de force de hisser le groupe sur la plus haute marche du Top Oricon avec plus de 155 000 copies écoulées, honneur largement mérité à la vue des énormes qualités des pistes qui le composaient, offrant ainsi au groupe un véritable succès et démontrait au passage que les bon scores de leurs singles SAKURA et Hanabi n'étaient en rien dûs au hasard. C'est sous ses meilleurs auspices que le groupe continua son chemin en major en nous gratifiant de quatre nouveaux singles de très haute volé, recevant au passage un très bon accueil autant commercial que critique, et laissant présager d'excellentes choses pour ce second album.

Autant mettre les choses au clair tout de suite: oui, ce second album est tout simplement une pure merveille, une bonne grosse claque dans notre gueule. Frais et vivifiant, ce nouveau petit bijou du trio originaire de Kanagawa, nous offre, au grès des 13 pistes qui le composent, un voyage poétique sans rajout tape à l'oeil et, chose qui peut paraître surprenante et totalement déplacé dans le monde ultra-commercial de la Jmusic, un son qui sonne authentique et vrai. Même si les chansons sont d'un classicisme à tout épreuve, reprenant des thèmes appréciés et ayant déjà fait leur preuve, le groupe arrive, par on ne sait quel moyen, à insuffler un élan poétique qui offre au morceau une nouvelle envergure, transformant ainsi un titre banal et sans intérêt en véritable petit bijou. Alternant morceaux pop rythmés et balades douces et posées, on ne peut que s'extasier encore une fois devant la maîtrise dont fait preuve le trio, quelque soit le registre dans lequel il s'exécute.

Kiyoe et sa voix si attachante y sont pour beaucoup. Sans être une vocalise d'exception, et possédant même son lot de menus défauts, sa voix fait des merveilles dans l'écrin musical qui lui est offert par Yamashita Hotaka et Mizuno Yoshiki. On peut ainsi voir le chemin parcouru depuis le premier album indie du groupe en 2003, où, là où on a perdu une voix parfois hésitante mais diablement attachante, Kiyoe a su assurer son chant, le rendant plus grave et maîtrisant beaucoup mieux les différentes variations de tons, bien qu'il subsiste encore quelques petites imperfections, mais qui ne font que renforcer son charme. Tantôt criarde, tantôt douce, la voix de Kiyoe habite littéralement chaque morceau de l'album, et elle n'hésite pas à jouer de sa voix pour nous offrir des envolés pleines de grâces et de maîtrises, notamment lors des refrains, allant même jusqu'à occulter sur certaines pistes les instrumentations de ses deux compères. Pouvant passer d'un morceau rythmé, tel Chikoku Shichau yo, à une ballade douce comme le fantastique Tsuki to Atashi to Reizouko, où seul un léger piano et une guitare l'accompagnent, entrecoupés de solos d'harmonica d'Hotaka. Kiyoe nous donne ici une véritable leçon de maîtrise, dont beaucoup d'artistes devraient s'inspirer.

A la baguette, Hotaka et Yoshiki mélange avec dextérité et talent la guitare et l'harmonica, offrant un cachet terriblement attachant à chaque mélodie, et surtout permettent à Kiyoe de s'exprimer, ceci est encore renforcé par leur passage en major, au milieu d'une instru de qualité. Les arrangements de grandes classes des deux compères sont souvent complétés par des ajouts, tels des instruments symphoniques sur des titres comme Akaneiro no Yakusoku, Seishun LIGNE, ou encore Hana Kimi wa Sakura Utsukushi, voir même l'apparition d'une flûte en fond durant Kokoro Hitotsu Arugamama, mais qui ne dénature en rien leur travail, voir même le bonifie. Le groupe se permet même de brasser toutes leurs influences en nous offrant Saru Tokyo monogatari, où folk, pop, et rock se mélangent au côté d'un tambour et d'une flûte volatile, pour signer un titre éloigné de leurs compos habituelles, mais parfaitement maitrisé de bout en bout.

Après la claque que fût Sakura Saku Machi Monogatari, c'est avec un plaisir coupable que l'on tend l'autre joue devant ce Life Album qui frise la perfection. Une Kiyoe assurée, Hotaka et Yoshiki qui donnent pleinement libre cours à leurs talents, des morceaux enchanteurs, ce second album du trio de Kanagawa est indispensable pour tout amateur de musique qui se respecte, et perpétue le cheminement quasi-parfait du groupe depuis sa formation.